Persuadé d’avoir atteint son objectif, il plaque tout après avoir réussi sa levée de fonds

Après plus d’un an d’activité, Gilles Thébaudeau a levé pas moins de 135 millions d’euros pour développer sa startup OldWideWeb. Mais malgré les perspectives commerciales prometteuses et le soutien de nombreux investisseurs, il a décidé d’abattre son projet en plein vol, pensant avoir atteint le but ultime du startup-jeu : la levée de fonds.

J’ai gagné ! ” s’est exclamé Gilles à peine avions-nous franchi le seuil de son appartement. L’entrepreneur normand, aujourd’hui installé dans une demeure cossue de la banlieue strasbourgeoise, peut effectivement s’enorgueillir d’avoir levé 135 millions d’euros en un an pour sa startup OldWideWeb, “L’Internet des vieux” précise-t-il avant d’ajouter que la baseline n’était pas définitive : “C’est accrocheur et explicite, mais peut-être un peu clivant. Enfin bon, ça n’a plus d’importance aujourd’hui ”.

Côté concept, OldWideWeb avait effectivement de quoi séduire : “Beaucoup d’entrepreneurs essayaient de développer des services web pour les vi… séniors avec un succès très mitigé. En fait ils sont très peu sur le web parce que ça leur paraît compliqué et ce n’est pas rentré dans leurs usages ”. Pour Gilles, la complexité des différents devices est elle aussi en cause “Les systèmes d’exploitation des smartphones, tablettes ou desktop sont bourrés d’éléments dont les vieux se tamponnent et qui ont tendance à les perdre encore plus”.

C’est ainsi que Gilles a créé un prototype rudimentaire mais fonctionnel qui lui a permis de lever 135 million d’euros : “Un écran, un clavier avec les touches dans l’ordre alphabétique et deux icônes à l’allumage : emails et Internet. Même si c’est pareil, l’étude de marché a montré que c’était plus compréhensible pour les papys et mamies. Allez savoir pourquoi”. Gilles a même développé un nouveau moteur de recherche adapté à ses cibles : “Les vieux ne recherchent pas des mots-clés, ils tapent des requêtes complètes, par exemple « Je veux trouver un voyage groupé en Italie s’il vous plaît », il fallait s’y adapter aussi”.

Force est de constater que le produit a séduit puisque de nombreux investisseur ont suivi l’entrepreneur : “Ils m’ont tous dit que j’évoluais dans un Océan Bleu, alors que j’ai jamais fait de bâteau ! Ils ont dû me dire ça à cause de mes tatouages de marin” analyse Gilles en toute sincérité. Une confiance qui ne l’a pas empêché de mettre un terme à OldWideWeb une fois les 135 millions d’euros levés : “Au départ je pensais que j’avais battu le boss de fin du startup-jeu, mais après on m’a expliqué qu’il fallait continuer l’entreprise pour produire le produit à grande échelle, le commercialiser, gérer les salariés et partenaires… bref, le début des emmerdes quoi. Alors j’ai préféré m’arrêter là ”.

Une décision qui n’est pas tout à fait du goût de ses investisseurs : “Quand je leur ai annoncé la bonne nouvelle, ils m’ont demandé de rendre l’argent. Sauf que j’avais déjà tout placé et réinvesti une bonne partie. Alors ils ont commencé à monter sur leur grands chevaux, à parler d’avocats, de poursuites et à sortir les grands mots : escroc, charlatan… et je vous passe les détails”. Actuellement en pleine négociation avec ses investisseurs, Gilles a lancé en parallèle une campagne de sensibilisation pour soutenir son initiative et faire des émules chez d’autres startupers. Il l’a baptisée : #PrendLargent.